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Saian Supa Crew

Saian Supa Crew

Venus des quatre coins de la région parisienne (Sarcelles, Bondy, Chelles, Noisy-le-Sec, Cachan, Montrouge), ce collectif de six, Sir Samuel, Specta, Féniksi, Leeroy Késiah, Sly The Mic Buddah et Vicelow, aux origines les plus diverses (guadeloupéenne, nigériane et marocaine) s’est réuni dans une même optique « Jamais ce qui a été fait tu ne feras ».



Car avant d’être ensemble, ces six-là étaient divisés en trois : Sly et Samuel formaient le Simple Spirit, Specta et Leeroy, l’Explicit Samouraï et Féniksi, Vicelow et KLR, le groupe OFX. Ils enregistrent alors dans le même studio, Nomad Studio, sous la houlette de DJ Fun. Leurs multiples rencontres dans ce lieu les amènent à se produire sur la même scène de Bondy fin 1997, puis sur la scène parisienne du New Morning en janvier 1998, avant de collaborer six mois plus tard au même maxi de cinq titres dont deux en commun, appelé « Saïan Supa Land ». C’est le premier épisode de leur collaboration. Dès lors, les trois groupes, ressentant les mêmes vibes, fusionnent et donnent naissance au Saïan Supa Crew (du nom des supers guerriers du manga Dragon Ball Z) avec pour adage « Peace, Love and Havin’ fun » d’Afrika Bambataa, fondateur de la Zulu Nation et référence absolue des rappeurs. Malheureusement, ce bon départ est marqué par la mort de KLR pour qui les six compères décident de s’investir encore plus et vont pour cela démarcher les maisons de disques. C’est sur le label Source qu’ils signent, label qui fait la part belle aux innovations quand d’autres maisons de disques préfèrent ne pas prendre de risque. Ils sortent ainsi en octobre 1999, leur premier album appelé « KLR » en hommage donc à leur ami disparu. Leur originalité va pouvoir s’exprimer librement. On retrouve, sur cet album, diverses influences : ragga (« Ragôts » et « Raz de marée »), reggae (« Que dit-on? »), zouk, soul et des samples (thèmes empruntés à Burt Bachanach ou à Vladimir Cosma, celui du « Grand blond avec une chaussure noire » film de Yves Robert). Cet album se vendra à plus de 300.000 exemplaires. Ce qui retient l’attention à la première écoute, ce sont les phases de beat-box (reproduction vocale d’un rythme, de sons, de scratchs en lieu et place d’une boîte à rythmes et d’un DJ) interprétées par Leeroy, Samuel et Sly qui remettent au goût du jour ce style laissé de côté par les Français mais toujours d’actualité aux Etats-Unis avec Razel des The Roots, un des groupes rap de référence. Sans qu’ils oublient pour autant d’autres formations importantes à leurs yeux comme A Tribe Called Quest, The Pharcyde, De La Soul, au son très travaillé. De plus, la dérision omniprésente sur cet album, voire les interludes du très théâtral « Malade imaginaire », la démonstration de beat-box « Pitchy & Skratchy Show » ainsi que la reprise beatboxienne de « Ring my Bell » d’Anita Ward, vont les mettre à l’écart des soi-disant « puristes » du hip hop, puisque ceux-ci ne font pas l’effort de chercher derrière les pirouettes polyphoniques, le sens profond du texte. Car au contraire d’autres rappeurs qui ne « chantent/s’égosillent » que sur la haine (anti-sociale, anti-flic), le bizness et les filles faciles, le S.S.C préfère opérer différemment suivant la « technique de la double claque » : forme drôle et fond profond. Ceci leur permet d’aborder des sujets aussi délicats que le racisme (« La preuve par trois »), le trafic et le ravage des drogues dures (« Que Dit-On ? ») entre autres, sans pour autant tomber dans les clichés habituels. Le matraquage radio du titre « Angela », simple non retenu à sa sortie, tout comme l’album d’ailleurs par les grandes radios, n’est pas du goût de tous. Also Prod By, un des deux producteurs avec DJ Fun, a peur de se voir coller l’étiquette définitive de groupe « rigolo ». Ce quiproquo artistique n’empêchera pas le maxi de se vendre à plus de 600.000 exemplaires (en août 2000), de devenir le tube de l’été et de faire connaître le Saïan au grand public. Mais loin de la logique économique du marché du disque où il faut sortir simple sur simple, le S.S.C préfère enchaîner les scènes, sorte de laboratoire où ils expérimentent de nouvelles prouesses vocales. Ainsi, le groupe exploite l’espace au maximum tel une troupe de café-théâtre où tout est chorégraphié à la perfection, ce qui est loin d’être évident à six. Dans leur show, s’entremêlent petits sketchs, reprises de tubes rap ou de variétés, démo de beat-box et de breakdance afin de procurer au public, ainsi qu’à eux-mêmes, un spectacle attrayant. Ils l’ont prouvé sur la scène des Transmusicales de Rennes en décembre 99, et de tant d’autres avec plus de 150 scènes en un an et demi où ils ont littéralement enflammé l’assistance. Nous sommes bien loin des concerts de rap à l’atmosphère chaude et lourde, qui parfois se terminent en échauffourée. Les mois suivants sont marqués par leurs multiples participations individuelles ou collectives à des compilations : contre le sida (« Les Lascars Contre Le Sida », sept 2000), reprise de « Marche à l’ombre » de Renaud ( compile « Hexagone 2001. Rien n’a Changer », mars 2001), la B.O de « La Squale »(novembre 2000). Puis nos six lascars retournent en studio où chacun écrit ses textes après avoir trouvé le sujet en commun. De tous leurs efforts, va naître « X Raisons » en octobre 2001 produit par L’Block, qui regroupe le S.S.C et quelques amis. On y retrouve les mêmes inspirations que dans « KLR » en y ajoutant une meilleure instrumentation grâce à l’apport de « vrais » musiciens. Le mélange inlassable de ragga, soul (« Il était une fois »), salsa (« A demie nue »), d’interludes toujours aussi burlesques avec une interprétation « maison » de « Voodoo Chile » de Jimi Hendrix, un cours de créole ainsi qu’une version de « Tourner la page » de Claude Nougaro en accéléré, démontrent une fois de plus la prépondérance de la dérision et la verve artistique de la clique. Malgré tout, leurs textes, derrière l’humour, sont toujours profonds, voire plus acerbes que sur « KLR ». Ainsi, ils critiquent la police et ses rapports avec les « sauvageons » sous forme de petites histoires ponctuées de morale (« Polices »). Ils n’hésitent pas non plus à parler de l’influence néfaste que peut avoir le mauvais enseignement de la religion surtout quand celle-ci sert à justifier la violence (« Au Nom De Quoi »). Les tabous sautent puisque nos trublions évoquent aussi le suicide (« La Dernière Séance ») et le sida (« 14.02.2002 »). On note également la nostalgie de certains morceaux (« 19-20ans ») et naturellement un hommage à leur ami KLR. Cet album leur vaut la Victoire de la Musique du meilleur album rap/groove 2002. Le groupe vend quelques 80.000 exemplaires en France et plus de 100.000 à l’ export. Leur réputation dépasse les frontières, l’Europe s’intéresse désormais de près à ces rappeurs qui se sont déjà produits à New York lors de la finale du concours des DJs de 1999. De nombreuses tournées sont ainsi organisées à travers toute l’Europe où les six super-guerriers reçoivent un accueil chaleureux. De plus, ils participent à l’album de RZA du Wu Tang Clan (« The World According To RZA » sortifin avril2003), en compagnie de rappeurs français et européens et collaborent avec Alpha Blondy à son dernier album (« Merci ») pour le titre « Wari ». Fin 2003, les membres du Saïan Supa Crew participent à la compilation « Opinion sur rue », disque dont les recettes sont redistribuées au profit de la lutte pour la défense des Droits de l’Enfant. L’année 2004 annonce le temps des aspirations alternatives pour le collectif. Composé à l’origine de trois groupes différents, le Saïan Supa crew décide de faire une parenthèse dans sa carrière. Les projets Explicit Samouraï, OFX et Simple Spirit reprennent le devant de la scène. Explicit Samouraï, avec Leeroy, Specta (qui a pour l’occasion quitté définitivement le S.S.C) et Eddy Kent (hors crew), sortira courant 2004 son premier album intitulé « La Danse du sabre ». Le groupe de Vicelow et Freniksi : OFX a, quant à lui, déjà sorti son album début février : « Roots ».





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