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La Palme d’or s’est jouée entre trois films

La Palme d’or s’est jouée entre trois films

Le choix pour la Palme d’or, par le jury du 58e Festival de Cannes, s’est joué entre trois films: « L’enfant », « Broken Flowers » et « Caché ».



C’est ce qui ressort des confidences des jurés qui, réunis une dernière fois autour de leur président Emir Kusturica, se sont pliés dimanche après-midi au nouvel exercice instauré l’an dernier: expliquer leurs choix lors d’une conférence de presse. Le réalisateur serbe et sa consoeur française Agnès Varda, membre de son jury, ont expliqué que « Broken Flowers » de Jim Jarmusch (qui a obtenu le Grand Prix, hiérarchiquement deuxième place du palmarès) et « Caché », le film français du réalisateur autrichien Michael Haneke (récompensé finalement du Prix de la mise en scène) auraient pu prétendre à la Palme d’or. Après délibérations et compromis, c’est finalement « L’enfant », de Luc et Jean-Pierre Dardenne, qui a séduit le jury par son histoire de jeune couple de milieux défavorisés confronté à la naissance d’un nouveau-né. Les frères belges obtiennent ainsi leur deuxième Palme d’or, six ans après un film assez similaire dans le sujet et son traitement, « Rosetta ». Il n’y avait pas, comme certaines années, un film qui ressortait du lot, « mais quatre ou cinq très bons films » qui méritaient d’être au palmarès car combinant qualités artistiques et accessibilité au grand public, a expliqué Kusturica. Outre les trois films cités, les deux autres sont « Trois enterrements » (Prix du scénario et Prix d’interprétation masculine pour son acteur-réalisateur Tommy Lee Jones) et « Shanghai Dreams » du jeune cinéaste chinois Wang Xiaoshuai (Prix du Jury), deux films ardemment défendus notamment par l’actrice Salma Hayek et la romancière Toni Morrison au sein du jury. Les délibérations entre les jurés se sont apparemment déroulées sans heurts: « certains ont pu penser que Fidel Castro était président du jury, mais ce n’était pas le cas », a plaisanté Emir Kusturica qui, à l’ouverture du Festival le 11 mai, s’était autosurnommé « El Commandante ». Au contraire, ce fut un « doux dictateur », a assuré l’actrice indienne Nandita Das, « il a été démocratique, il nous a écoutés -incroyablement plus que nous l’espérions », a ajouté Agnès Varda. Cela a donné un palmarès relativement équilibré, distinguant des films à connotation sociale ou humaine mais abordables par le grand public. Et les absents du palmarès étaient également de qualité: les films de l’Allemand Wim Wenders (« Don’t Come Knocking », grand oublié), du Canadien David Cronenberg (« A History of Violence ») et du Danois Lars von Trier (« Manderlay ») « étaient de très bons films, qui ont fait de ce festival un succès », a assuré Kusturica. Même si certains festivaliers ont regretté qu’une nouvelle fois un film pas très gai, ancré dans la réalité, le social et les difficultés de la vie quotidienne, soit élu Palme d’or (« Rosetta-2 », comme l’ont surnommé les plus méchants), l’un des enseignements de ce 58e Festival de Cannes est que le recentrage sur les « grands noms » du cinéma a été payant. Pas de documentaire, pas de dessin animé, pas de brûlot anti-Bush cette année, mais de grands réalisateurs qui étaient tous au rendez-vous, avec des films très réussis et, pour la plupart, parmi les plus « grand public » de leur carrière: ce fut le cas de Jarmusch, Wenders, Cronenberg, Haneke mais aussi Atom Egoyan (« Where the Truth Lies ») et même le très esthète Taïwanais Hou Hsiao-Hsien (« Three Times »). Au milieu de ces confirmations, la vraie bonne surprise de ce festival aura été « Trois enterrements », premier long métrage de Tommy Lee Jones comme réalisateur, et seul film récompensé deux fois au palmarès. Et, comme d’habitude, trois des films les plus importants, qui ont fait l’événement, étaient hors-compétition: le dernier volet de « Star Wars » de George Lucas, le brillant « Match Point » de Woody Allen, et l’émouvant « Joyeux Noël » du Français Christian Carion. Après la conférence de presse du jury, le Festival devait officiellement s’achever dimanche soir avec une dernière montée des marches de l’équipe de « L’Enfant » et une dernière projection officielle de la toute fraîche Palme d’or. La Croisette reprendra lundi son aspect habituel, mais déjà certains ont l’esprit tourné vers le 59e Festival, du 17 au 28 mai 2006, et le journal spécialisé « Le Film Français » cite déjà les noms de cinéastes engagés dans leur prochain film: Pedro Almodovar, David Lynch, Nanni Moretti, Aki Kaurismaki, Takeshi Kitano, et même Wong Kar-wai qui va diriger Nicole Kidman dans « The Lady from Shanghai ». Mais vu la lenteur avec laquelle le réalisateur de « In the Mood for Love » et « 2046 » fabrique ses films, il semble avoir autant de chances d’être présent l’an prochain à Cannes que le FC Nantes de se maintenir en Ligue-1 de football samedi prochain. Selon AP





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